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C’est Lui qui eut le dernier mot

Seul garçon d’une famille de cinq enfants…

mes parents se sont toujours efforcés de me donner une saine éducation chrétienne.
Tout jeune, j’eus la grâce d’assister aux débuts de la communauté traditionnelle à Colmar, grandissant sous son ombre et m’investissant peu à peu comme servant de messe puis dans le scoutisme. Par le service de l’autel, je fus plongé au cœur de la liturgie, cette action divine qui fait descendre un peu de Ciel sur la terre, et j’ai alors ressenti une très vive attirance pour le sacré. Par le scoutisme, j’ai appris le don et le dépassement de soi ainsi que l’esprit d’équipe qui respecte la faiblesse du plus petit et s’appuie sur les plus vaillants dans une ambiance de saine fraternité ;  véritable petite école de vie monastique !

Vers l’âge de cinq ans, je visitais avec ma famille le monastère bénédictin du Barroux situé dans un beau paysage de Provence, perdu entre le Mont Ventoux et les Dentelles de Montmirail. Dans ce monastère encore en construction, la vie monastique était vécue dans sa pureté originelle et j’en fus vivement frappé. À l’âge de 12 ans, j’eus une conviction intérieure que Dieu m’appelait à mener la vie monastique dans ce monastère et quatre ans plus tard je fis très sérieusement ma demande d’admission… qui n’a pu être acceptée qu’après mes 18 ans.
À la lecture de ces quelques lignes on pourrait penser que ce cheminement se fit tout simplement… mais pas du tout. Pendant les cinq années précédant mon entrée en religion, je fus sans cesse tiraillé par le désir de fonder une famille, d’avoir un métier passionnant ou de faire des choses extraordinaires, au point d’oublier parfois complètement ce désir de me donner à Dieu ; un combat intérieur souvent lourd à porter. Finalement, c’est Lui qui eut le dernier mot, j’étais dans sa main.

« Viens, suis-moi ! »
À une personne désireuse de donner sa vie à Dieu, ou qui ne s’est jamais posé sérieusement la question de la vocation, je proposerais de prendre le temps de faire silence dans son cœur, afin d’écouter le Seigneur qui a tant de choses à nous dire. Une visite quotidienne dans une église ; après la communion, des actions de grâce jamais écourtées pour les mondanités d’usage sur le parvis ; un petit temps trouvé au cours de la journée pour lire la Sainte Écriture… Prendre au sérieux sa vie chrétienne et accomplir avec amour son devoir d’état actuel est la préparation par excellence à la vie consacrée. La Sainte Vierge est la Mère de toutes les vocations, n’oublions pas de nous mettre sous sa protection.
L’Église nous fait un devoir de découvrir notre vocation d’enfant de Dieu. « La vie idéale est celle où Dieu nous veut, individuellement, moine, aventurier, poète, cordonnier ou assureur » écrivait Guy de Larigaudie. Nous avons tous vocation à la béatitude éternelle. Pour nous permettre d’y répondre, le Seigneur propose à chacun l’état de vie par lequel, dans son plan divin, nous pourrons le mieux lui rendre gloire.
« N’ayez pas peur du Christ, nous disait Benoît XVI, celui qui se donne à Lui reçoit le centuple. » N’ayons pas peur de marcher à contre-courant de la société actuelle !

Débiteur insolvable…
Après huit années de vie monastique, si l’on me demandait : « Seriez-vous prêt à tout recommencer ? », peut-être que je réfléchirais un instant… car il ne faut pas le cacher, si la vie monastique était une situation confortable, les monastères regorgeraient de vocations ! Au contraire, le Seigneur n’épargne pas les épreuves à ceux qui deviennent ses amis. Saint Benoît parle bien des « choses dures et âpres par lesquelles on va à Dieu ».  De plus, il ne suffit pas d’avoir la vocation pour qu’une vie consacrée soit vécue dans une quiétude facile. Être fidèle à l’appel divin est le combat de toute une vie, et le privilège de vivre dans un milieu protégé, coupé du monde, à l’abri de nombreux soucis, dans une communauté où tout est parfaitement organisé, peut parfois devenir un réel purgatoire…
Ces considérations sont bien graves mais elles ne doivent pas nous faire oublier que la vocation religieuse est un appel purement gratuit et sans aucun rapport avec nos mérites.  La raison humaine ne peut l’expliquer, si ce n’est par un mystérieux échange d’amour du Créateur envers sa créature, celle-ci n’ayant que sa confiance à présenter en cantique d’action de grâce. Que sont nos croix comparées à celle du Christ, lourde de toutes nos souffrances et infidélités réunies, portées dans un élan de miséricorde afin de les offrir à son Père ?
Aussi, à la question posée plus haut , je répondrais, non sans regretter d’avoir hésité : « Oui, de tout cœur ! »
Un sage disait que les moines sont les hommes les plus heureux sous le soleil. Dans l’attente de prononcer mes vœux définitifs, quelques années d’apprentissage monastique me permettent de vous dire que ce sage était vraiment un grand sage !

 

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