Frère Lucien, malgré vos 54 ans, vous êtes le jeune profès de la communauté. Pourriez-vous nous raconter votre cheminement pour parvenir à cet engagement définitif pris le 1er janvier dernier ?
Je suis né en 1970 à Epernay, dans une famille plus chrétienne par tradition que par conviction. Je suis donc allé au catéchisme jusqu’à ma première communion mais j’y ai lu davantage de Tintin que d’évangiles.
Après un bac scientifique et 3 ans d’études de géographie, je choisis de travailler dans l’hôtellerie et de partir en Grande-Bretagne. J’ai, en effet, un grand désir de voyager que j’assouvis en devenant steward dans une compagnie aérienne. Je vais même vivre environ 2 ans au Qatar. L’Orient m’attire.
Grâce à un ami, je découvre la méditation dans les temples bouddhistes de Thaïlande. Pendant 5 ans, je fais chaque année une retraite d’une semaine dans l’un de ces temples. Je suis séduit par cette forme de vie ascétique et communautaire à la fois.
Je me souviens alors que mes racines sont chrétiennes et je souhaite faire l’expérience de la vie contemplative bénédictine. A cette époque, c’est cette vie simple, silencieuse et communautaire qui m’attire, plus que Dieu lui-même. L’idée de devenir moine commence à germer.
Un prêtre me conseille de faire une retraite monastique. La seule hôtellerie qui pouvait m’accueillir sur mes dates disponibles (entre deux avions) était celle de Cîteaux. J’y rencontre frère Raphaël, alors frère hôtelier. On me demande de faire les 30 jours de discernement selon les exercices de Saint Ignace. Pas facile de trouver 30 jours dans le planning d’un personnel navigant mais me voici embarqué pour un mois dans un voyage intérieur à l’écoute de la Parole de Dieu. Le discernement est limpide : je suis appelé à la vie monastique. Et je dois dire que, dans les difficultés du cheminement monastique faire mémoire de cette retraite et de ses fruits m’a beaucoup aidé.
Et c’est ainsi que, alors que mon père, victime d’un accident domestique, est devenu très dépendant, ma mère me donne son assentiment pour entrer au monastère. Ma sœur Isabelle et son mari Olivier m’amènent à Cîteaux le 31 décembre 2016, par un temps maussade et triste. Novice, je prends le nom de frère Lucien, prénom de mon grand-père maternel. Je fais profession temporaire en octobre 2019, a priori pour une durée de 3 ans. Mais, au bout de ces 3 années, après deux séjours dans notre fondation de Munkeby et des études de théologie, je ne me sens pas prêt à un engagement définitif. Le malin est tapi à la porte.
Il me faudra encore un peu plus de 2 ans pour pouvoir dire « Oui, Seigneur, me voici ! » d’une façon solennelle et définitive.
Avez-vous des rêves, une espérance pour demain ?
J’avoue que j’avais été touché et sensible à l’intuition que notre ancien père abbé, nous avait partagée un matin au chapitre : une re-fondation de Cîteaux. L’idée était que d’autres communautés de la famille cistercienne puissent venir vivre, elles aussi, sur cette terre de nos fondateurs, dont nous célébrons la solennité ce dimanche.
Qui sait ?