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abbaye maumont vie monastique 176° dimanche T O. Année C

 Lc. 6, 17.20-26                                                         

  A trop connaître un paysage, le risque est grand de ne plus pouvoir en découvrir les nouvelles richesses dont les saisons l’habillent. Les Béatitudes de Luc, moins connues sans doute que celles de Matthieu, offrent une nouvelle lecture de ce message essentiel de Jésus. Peut-être même ouvrent-elles une autre perspective. Nous sommes dans la plaine et non sur la montagne. Ce déplacement topologique porte un sens fort et nous oriente vers une rencontre d’une nature tout à fait différente. Ce n’est plus la Loi du mont Sinaï qui guide la parole de Jésus. C’est le plain-pied, le quotidien de chacun.

   Par ailleurs, nous constatons en nous référant au texte grec, que les mots employés par Luc et Matthieu ne sont pas les mêmes, ce que nos traductions françaises ont du mal à faire ressortir. Luc se plaît donc à bousculer l’usage, ne retenant que quelques aspects du texte de Matthieu et en introduisant les siens propres. Trop souvent, la tentation nous prend de ne voir dans les deux temps de la série lucanienne qu’une opposition entre deux camps.

   En lecture biblique, cela ne tient pas ! Dieu ne fait pas de différence entre les hommes ! abbaye maumont vie monastique 86

   A bien observer le déroulement du texte, que remarquons-nous ? Deux parties comprenant quatre interpellations. Chacune de ces adresses a son réflecteur dans l’autre partie. Cette particularité d’écriture veut mettre en relief le rapport et non la différence, ce qui peut jouer ensemble en chacun de nous, plutôt que de nous opposer les uns aux autres.

  Comment notre Dieu-amour pourrait-il envoyer une quelconque malédiction sur qui que ce soi ?, nous séparer et déjà nous juger ?

  Dieu attend que nous soyons davantage unifiés. Jeu d’obscurité et de lumière en chacun de nous. Dès lors, comment comprendre le « Malheur à vous… » ? Comme une lamentation aux teintes de compassion envers ce qui en nous demeure, « riche », « repus », « riant »/insouciant, reconnu et honoré.

  Là sont les apparences qui risquent de nous faire oublier que nous sommes aussi « pauvres », « affamés », « pleurant »/soucieux, persécutés, et cela de mille manières, si nous réfléchissons un peu.abbaye maumont vie monastique 161

  Heureux donc, oui, soyons heureux en fait de cette dualité qui crée une personne libre, toujours en chemin. Heureux ceux qui laissent leur vulnérabilité affleurer devant Dieu qui, loin de s’en affliger, désire en faire son Royaume !

  A chacun de lier en lui-même le « malheur à vous » et le « bonheur à vous », sans peur devant l’amour infini de Dieu qui réconcilie et accueille notre part d’ombre comme notre part de lumière, nous ouvrant à tous les portes d’un bonheur qui n’est pas de surface mais qui s’épanouit dans ce qui est vrai.