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« Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »

Depuis hier, la liturgie eucharistique nous a fait déjà répété avec le Christ, au moins trois fois, ce cri déchirant du psaume 21 : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné. »  
 
Depuis le quatrième dimanche de Carême, nous assistons à un malentendu croissant entre Jésus et son peuple. Chacun, de son côté est convaincu de faire la volonté de Dieu. Il y a certes des histoires de jalousies comme le souligne Pilate durant le Procès, mais le nœud réside en ce que les Juifs voient en Jésus celui qui « nous change la religion ».

  A plusieurs reprises il a œuvré le jour saint du Sabbat, et cela en donnant une raison plus grave encore que la violation de Sabbat : « Mon Père est toujours à l’œuvre, et moi j’œuvre toujours. » Qui est celui-ci qui, non seulement se permet de violer la Loi que nous peinons à pratiquer depuis toujours, mais qui en plus se passe pour l’égal de Dieu puisqu’il le nomme « Mon Père » ! Or pour les Juifs, admettant que Jésus ait Dieu pour Père comme il le prétend, pourquoi il ne sait pas que le Sabbat est le plus sacré des jours auquel on ne doit strictement pas toucher ! Mettons-nous à leur place, c’est quand-même troublant que l’envoyé de Dieu ignore ce qu’il y a de plus cher à Dieu ! (Cela me fait penser à l’histoire du père au deux fils que nous avons entendu dans le deuxième semaine de Carême…)
 
Les Juifs veulent de tout leur cœur « sauver Dieu » ! Mais qui est ce Dieu qu’ils veulent défendre envers et contre tout ? Ne serait-il pas un dieu de leur fabrication ? Il y a quelques jours nous méditions sur les « idoles ». Et si Israël était en train de « confondre Dieu avec les idoles ? »
 
De l’autre côté, il y a Jésus : les Evangiles nous ont fait entendre la voix du Père dans le deuxième dimanche de Carême : « Tu es mon Fils bien-aimé ». Du fond de son cœur, Jésus sait qu’il est le Fils bien-aimé du Père. Il croit à ce que l’Ange avait dit à Marie : « C’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. » avec le psalmiste, il s’avance vers le Père en lui disant « Dans le livre est écrit pour moi ce que tu veux que je fasse, mon Dieu, me voici pour faire ta volonté. » Tout cela il le sait du fond de son cœur, mais le peuple pour qu’il est envoyé ne veut pas de lui. Quand il parle, son peuple « se bouche des oreilles comme des serpents. » Il voit en lui s’accomplir la prophétie d’Isaïe : « tu auras beau leur parlé, ils ne t’écouteront pas ! » Face à tout cela, il y a de quoi perdre face, se laisser envahir pas le doute : « peut-être que j’ai rêvé, c’est mon ambition, Dieu ne m’a pas envoyé… ». D’ailleurs Jean Baptiste avait déjà éprouvé cela et il envoie des disciples demander à Jésus : « Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? »
 
Face à tout ce qui s’échappe un peu comme l’eau qui se répand, ou « la limace qui glisse en fondant » le Cri déchirant monté dans le cœur de Jésus : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? Je suis un ver pas un homme, raillé par les gens, rejette par le peuple. Tous ceux qui me voie me bafoue, ils ricanent, et hochent la tête. Ils disent : « Il compte sur le Seigneur, qu’il le délivre ! Qu’il le sauve puisqu’il est son ami » ! Jésus du fond des « enfers, il cri sa détresse« Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »
 
Mais l’acclamation de L’Evangile comporte toute son espérance : « C’est pourquoi Dieu l’a exalté et lui a donné le Nom qui est au dessus de tous noms ! » Et on voit en filigrane le chant d’entrée du matin de Pâque : « Je suis ressuscité et me voici encore avec toi ! Ta sagesse s’est montrée admirable ! »
 
Souvent il faut aller jusque là pour remonter ! C’est tout le sens du « dépouillent du Christ » Il n’a jamais rien revendiqué, rien, pas même « son droit d’être traité à l’égale de Dieu ! »  Les ricaneurs aux pieds de la Croix de ce matin, et que nous entendront encore Vendredi prochain, vont, peut-être, comme l’a déjà fait le centurion romain, se prosterner et proclamer : « Vraiment cet homme est le Fils de Dieu » En tout cas c’est ma prière pour chacun !
 
Ce qui est devenu un peu plus claire pour moi en méditant l’Evangile de ce dimanche est que : notre Dieu n’est pas un dieu qui vient gommer nos souffrances, il ne les approuve pas non plus, il ne les provoque pas, notre Dieu est le Dieu qui est présent dans nos souffrances. Il est là même quand nous ne le voyons pas. Avec nous il souffre et avec nous, il entre dans sa gloire si nous acceptons de nous « vider comme le Christ » sans rien revendiquer, car de toutes les façons nous dit Paul : « Qui lui a donné en premier pour espérer un don en retour ? Dieu nous a tout donné gratuitement et il s’est même donné lui-même sans réserve : « Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi ! » disait le père à son fils ainé et Jésus au soir de sa passion dira à ses disciples : « Je ne vous appelle plus serviteur, je vous appelle amis car tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître »