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abbaye maumont vie monastique 364° dimanche de Carême   Année c

Lc. 15, 1-3.11-32                              

   Faire bon accueil aux pécheurs. Telle est la joie de Dieu. Le reproche des Pharisiens et des scribes à Jésus de « faire bon accueil aux pécheurs et de manger avec eux  » (15,2) – est la contestation frontale de son discours-programme de Nazareth (Lc 4, 16-21) : « proclamer une année d’accueil de la part du Seigneur » (4,19).

    Chacun peut être « accueilli » par Dieu sans égard pour son passé. Dieu se fait du souci pour ce qui est perdu. Ici, nous le voyons pour deux frères, ses deux fils.

   Le fils cadet a voulu partir de la maison et il a mené quelque temps une vie dissolue, une vie de folie. Il a une certaine conscience d’avoir offensé son père et Dieu (le Ciel) à travers lui. Mais ce qui importe dans le récit, c’est qu’il est pratiquement perdu : « je suis ici à périr de faim » (17). Quand son père le voit revenir, il ne dit pas : « il s’est converti », mais : « il était mort et il est revenu à la vie ; il était perdu et il est retrouvé » (23.32). Sa joie est de retrouver son fils vivant, « en bonne santé », commentera le serviteur au fils aîné (28).

    Naturellement, le langage de la parabole se prête à une lecture spirituelle de cette mort et de cette perdition. Mais l’accent n’est pas sur l’effort de conversion, mais sur le fait que celui qui est perdu manque plus encore au père de ces deux fils. La parabole ne dit pas que le père est parti à la recherche de son fils ; non, il l’a laissé partir selon son choix. Mais il ne l’a pas oublié un instant. On le dirait sur le pas de la porte à guetter son retour. Il court au devant pour l’embrasser sans attendre sa (pseudo ?) confession.abbaye maumont vie monastique 128

   Cette parabole dit le souci que Dieu se fait de ses enfants perdus. Ils lui manquent. Jésus communie pleinement à ce souci de Dieu : « le Fils de l’Homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu ». Il se sait envoyé en priorité aux brebis perdues de la maison d’Israël. De Zachée le publicain il dira : « Lui aussi est un fils d’Abraham » (Lc 19, 9-10). Se convertir à l’étonnante paternité de Dieu.

   Nous sommes portés à juger sévèrement le fils aîné, qui semble n’avoir avec son père que des rapports de droits et de devoirs. On se demande où est l’amour. Et l’on est tenté de reporter cette attitude sur ces pharisiens qui ne pratiqueraient la Loi que pour le salaire de leurs bonnes œuvres. « Voilà tant d’années que je te sers »… Le fils cadet lui aussi pense en termes de rétribution : certes il ne peut plus dire qu’il mérite quelque chose, mais il va encore se situer devant son père en termes de droit : « je ne mérite plus d’être appelé ton fils »… comme si cela se méritait.

   La révélation de la parabole est que Dieu est père de manière absolument inattendue, au-delà de tout mérite ou démérite. Son accueil apparaît d’autant plus gratuit qu’il y a encore un zeste de calcul dans la confession que le cadet a prémédité de dire quand il le rencontrerait. Mais le père ne lui laisse même pas le temps d’exprimer sa requête de trouver une place de salarié sur la propriété ; aussitôt il le réhabilite dans sa dignité de fils signifiée par « le plus beau vêtement, la bague, les sandales ».

 abbaye maumont vie monastique 177Quant au fils aîné, il est appelé à découvrir lui aussi que son père est vraiment un père et non pas un patron. Car pour ce fils aussi, le Père a de la tendresse et de l’amour. Il se porte à sa rencontre, il lui dit « mon enfant ! », il l’aide à dépasser sa rancœur en lui montrant qu’il veut réaliser une totale communion : « tout ce qui est à moi est à toi ». C’est un père qui est toujours sur le pas de sa porte, en position d’accueil.

  Le retour de l’un ne peut pas se faire au prix de l’absence de l’autre. La conversion est ici de se convertir à la paternité de Dieu envers tous ses fils, les perdus comme les autres ; c’est donc se convertir aussi à la fraternité.

   Sur le moment l’aîné dit à son père : « ton fils que voici » ; pourra-t-il aller jusqu’à dire à nouveau, comme avant, plus qu’avant : « mon frère » ? La conversion que cette parabole veut provoquer est d’abord celle du fils aîné, mais le cadet aussi qui ne dit plus rien, mais qui se trouve comme englouti dans un débordement de tendresse qu’il n’aurait jamais soupçonné.