• Carmélites

    Les Carmélites

    Aux 12ème siècle, s'inspirant du prophète Élie, des ermites vivent dans les grottes du Mont Carmel, insistant sur la prière. Au 16ème siècle, Sainte Thérèse d'Avila et Saint Jean de la Croix fondent les Carmes déchaussés.
    Aimer, c'est tout donner et se donner soi-même
    Sainte Thérèse de Jésus

Carmel de Verdun

La prière de l'Oraison, un chemin de vie au Carmel...

soeur du carmel verdun

Qu’est-ce qui peut bien amener des personnes à entrer dans cette aventure ?  Sans doute, à l’origine, d’une manière ou d’une autre, cette découverte essentielle que je suis aimée, cherchée, désirée... Ainsi le chante Isaïe : « Le Seigneur m’a appelé dès le sein maternel, dès les entrailles de ma mère il a prononcé mon nom» (Is 49,1), et le prophète nous fait entendre le cri d’amour de Dieu pour son peuple : « Tu comptes beaucoup à mes yeux, tu as du prix et je t’aime. (…) Vois, je t’ai gravée sur les paumes de mes mains.»  (Is 43,4 ; 49,16).

Oui, à l’origine de mon chemin il y a la découverte d’un Amour personnel et c’est cet amour qui éveille ma propre réponse. Comme l’écrit Ste Thérèse d’Avila, notre fondatrice : « L’amour attire l’amour. » (Vie 22,14). Marcher sur le « chemin de l’oraison» (selon l’expression de Ste Thérèse) finalement, c’est se laisser conduire dans une relation d’amitié, d’intimité avec le Christ. Mais pourquoi parler de la prière en terme de « chemin » ?

L’oraison est un chemin… parce que ma relation au Christ est en chemin. 

Elle peut évoluer en fonction de la maturation de ma personnalité. Car c’est dans mon humanité que je L’approche, ou peut-être davantage qu’Il m’approche, dans mon corps, avec ma psychologie, mes blessures, mon histoire, mes désirs, mes passions… C’est là que Jésus vient me toucher, comme Il touche le lépreux, ou la belle-mère de Simon qu’Il vient relever, mettre debout ; c’est dans mon humanité que Jésus vient me parler, Lui qui me connaît bien plus profondément que je ne me connais moi-même. Il n’est pas loin de moi, parce que Lui-même s’est fait homme. Ste Thérèse d’Avila nous le dit souvent : « c’est un excellent ami que Jésus-Christ ».

L’oraison est un chemin… parce que ma manière d’approcher Dieu est en chemin. 

Différents moyens d’aller à Dieu me sont offerts, et je vais de l’un à l’autre sur mon parcours de vie : parler à Jésus simplement comme à un ami; accueillir la Parole de Dieu comme lieu privilégié de la Présence du Seigneur, la murmurer sur mes lèvres, la mâcher et ruminer en quelque sorte, l’intérioriser pour l’écouter chanter au dedans de moi tout au long de la journée. Ou regarder le Christ longuement et silencieusement, me laisser toucher par l’amour qui se révèle à moi, là, quand je Le vois cloué à la croix. Je pense à cette parole que St Jean de la Croix (un frère carme contemporain et ami de Ste Thérèse) met dans la bouche du Père : «Considère attentivement mon Fils et tu trouveras tout en Lui.». Je pense aussi au conseil que nous donne Thérèse d’Avila : « Pour faire de grands progrès dans ce chemin, l’essentiel n’est pas de penser beaucoup, mais de beaucoup aimer.». Ce regard sur le Christ, qui est un regard de foi, est là pour éveiller l’amour en nous. Il devient peu à peu habitude appelée à s’étendre tout au long du jour, au milieu de nos diverses activités ; l’essentiel étant de nourrir cette relation d’amitié avec le Christ. Ou encore prier pour ceux qui m’entourent, ceux dont je sais la détresse. Quand je fais oraison, je me tiens «devant Dieu pour tous » (Sainte Edith Stein). La Petite Thérèse de Lisieux parle de l’oraison comme d’un « levier qui soulève le monde ». Les combats que je livre sur ce chemin, je les livre pour d’autres aussi… Est-ce que je le crois vraiment ? Est-ce que je me tiens comme un petit vase à la Source (cf. la Bienheureuse Elisabeth de la Trinité) pour me laisser remplir, combler, et que le trop-plein déborde sur le monde ?

L’oraison est un chemin… parfois périlleux. 

Quelquefois c’est une voie large où j’avance à grandes enjambées, d’autres fois un sentier resserré et notamment parce qu’il fait passer par « la connaissance de soi», selon l’expression consacrée par Ste Thérèse – d’où l’importance d’être accompagné dans cette aventure. Car quand on s’engage résolument sur le chemin de l’oraison, arrive un moment où tombent peu à peu les couches dont j’avais recouvert mes fissures, mes lieux de fragilité… Je me retrouve alors face à la vérité de moi-même, ou plutôt la part de cette vérité qui peut m’apparaître. Pourquoi cela ? Parce que le chemin de l’oraison est un recueillement, une entrée en soi-même, nous dit Thérèse : «Rappelez-vous qu'il est très important pour vous d'avoir compris cette vérité: le Seigneur est au-dedans de nous, au plus profond de nous-mêmes, restons avec lui. ». Mais en entrant ainsi en soi pour trouver Dieu, il se peut fort que la première personne rencontrée soit justement … soi-même !... « Qui fait la vérité vient à la lumière » dit Jésus, lumière qui peut paraître redoutable…, mais qui est aussi l’occasion de faire un chemin de liberté, car dans l’oraison j’accueille cette vérité de qui je suis sous le regard aimant de Dieu. J’apprends alors peu à peu à me laisser accueillir et aimer telle que je suis, avec tout ce que je suis, à lâcher mes besoins de paraître ; j’apprends à « marcher humblement avec mon Dieu » (Mi 6,8), selon les paroles du prophète Michée. Parfois aussi il semble ne plus y avoir de chemin ; c’est l’obscurité du doute qui vient mordre le cœur. Je me demande alors si je ne me suis pas perdue…. Il semble que l’oraison soit pour moi bien plus le lieu de l’expérience de l’Absence de Dieu que de celle de Sa Présence. Il est bon alors de pouvoir se référer à des maîtres spirituels tels le carme St Jean de la Croix, qui nous rappelle que le sentiment de l’absence n’est pas nécessairement l’absence de Dieu. Peut-être le Seigneur me conduit-il dans cette traversée à lâcher les images que je me faisais de Lui – qui sont comme des idoles – afin de m’acheminer doucement vers l’adoration du Dieu Vivant et Vrai, le Dieu Tout Autre, surprenant, jamais réductible à quelque image que ce soit… Cette expérience de l’apparente absence de Dieu est aussi une occasion de rejoindre et de vivre mon chemin en communion avec les personnes athées, celles en recherche, celles en proie au doute. Faire l’expérience que tout cela habite aussi mon cœur et le porter devant Dieu, en m’appuyant sur la foi de l’Eglise ; car que sont mes doutes au regard de la foi de l’Eglise, de l’Eglise de tous les siècles ?…

Au terme de ce petit partage, j’espère avoir fait percevoir que l’oraison est de l’ordre de la vie, d’une vie en présence du Seigneur ; et une vie qui rend heureux probablement parce que cette relation à Dieu rejoint le désir le plus profond qui habite le cœur de la personne humaine, une conviction que St Augustin, un Père de l’Eglise, exprime avec force : «Je t’ai aimée bien tard, Beauté si ancienne et si nouvelle, je t’ai aimée bien tard ! Mais voilà : tu étais au-dedans de moi quand j’étais au-dehors, et c’est dehors que je te cherchais. (…) Tu étais avec moi, et je n’étais pas avec toi. (…) Tu m’as appelé, tu as crié, tu as vaincu ma surdité (…) Car tu nous as faits pour toi, et notre cœur est sans repos jusqu’à ce qu’il se repose en toi. ». Il s’agit d’entrer toujours plus profondément dans une relation d’amitié avec le Christ, de prendre l’habitude de vivre en la Présence de Dieu, d’entrer dans Son Regard aimant sur moi-même, sur les autres, sur le monde, de me laisser transformer par Lui, conformer au Christ, d’être plus ajusté à Lui ; apprendre à aimer comme Lui. Et la bonne nouvelle, c’est que cette vie d’union à Dieu n’est pas réservée à quelques-uns. Nous y sommes tous appelés, de part la grâce reçue à notre baptême. Oui, Thérèse l’affirme : « Si grande est la miséricorde du Seigneur, qu'il n'empêche personne d'aller boire à cette source de vie. » Alors bonne route !  Sr L.

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