Fixons notre regard sur le visage rayonnant du Christ !

jmclibrededroit0546  2° dimanche de Carême C

  Lc. 9, 28-36

   La Transfiguration du Christ est le « mystère lumineux » du Thabor dont Pierre, Jacques et Jean ont été les témoins privilégiés. Il est particulièrement utile de fixer le regard sur le visage rayonnant du Christ dans le mystère de la Transfiguration. Ce « visage autre » dont parle saint Luc.

  Le mystère de la Transfiguration n'obnubile en rien le mystère de la Croix, et n'en dispense personne ; il y conduit au contraire, il l'éclaire. Les disciples qui ont gravi la montagne avec Jésus sont encore appelés à en redescendre avec lui pour « prendre avec courage le chemin de Jérusalem » (Lc 9,51), le chemin de la Croix.

   « Seigneur, il est heureux que nous soyons ici » . Si la spontanéité franche et claire de l'apôtre Pierre, on le sait, l'emmène parfois trop loin, si Marc et Luc, dans l'évangile de la Transfiguration lui-même, nous mettent en garde contre certains élans de cette ingénuité - « Il ne savait pas ce qu'il disait » (Mc 9,6 ; Lc 9,33) -, le cri de joie et de louange qui jaillit de son cœur, en revanche, recueille, en une expression limpide, simple autant qu'admirable, ce qu'engage en profondeur la rencontre du Christ transfiguré. Car l'expérience de la Transfiguration est d'abord, pour les disciples, la rencontre bouleversante de la lumière du Christ, elle est une immersion quasi-baptismale dans cette « joyeuse lumière de la gloire éternelle du Père » (comme aime à le chanter la Liturgie orientale) qui entraîne les cœurs simples et droits dans la joie de sa clarté.jmclibrededroit0276

  Ces paroles de Pierre disent l'orientation christologique de toute vie chrétienne. L'ingénuité heureuse de Pierre a ici tant à nous apprendre ! La sagesse de Saint Benoît lui répond en tout cas avec limpidité, qui, au prologue de la Règle des moines, s'adressant à celui « qui veut la vie et désire des jours heureux », l'invite à « ouvrir ses yeux à la lumière divine ».

  L'expérience première et joyeuse de Pierre n'est cependant pas appelée, comme telle, à durer. Contrairement à ce désir où, reprenant en quelque sorte la main après la stupéfaction où l'entraîna la lumière divine, l'apôtre envisage de « s'installer » en son évidence - « Je vais faire ici trois tentes ! » -, Pierre doit descendre du Thabor et accompagner Jésus jusqu'à la Croix, jusqu'à la contemplation douloureuse de son visage alors torturé de douleurs et d'humiliations. Il ne s'agit certes pas de nier maintenant ce qui a été vu autrefois dans la clarté, mais plutôt de saisir que la gloire qui resplendissait ici dans l'évidence de sa lumière s'offre encore au travers des ténèbres de la Croix, comme l'Amour qui se donne totalement.

  C'est la pureté du regard dont Saint Augustin nous fait saisir l'unité profonde qu'elle établit entre le Thabor et le Golgotha, ceux du Christ bien sûr, mais aussi, en réponse, ceux de nos vies : « Il est beau, le Verbe auprès de Dieu […]. Il est beau dans le ciel, beau sur la terre [...] ; beau dans ses miracles, beau dans le supplice ; beau quand il appelle à la vie et beau quand il ne s'inquiète pas de la mort [...] ; beau sur la Croix, beau dans le tombeau, beau dans le ciel [..,]. Que la faiblesse de la chair ne détourne pas vos yeux de la splendeur de sa beauté ! »

   L'enjeu est alors de discerner et d'accueillir une autre manière par laquelle le Seigneur change nos vies. C'est chose étonnante en effet que la lumière : elle change tout en ne transformant rien ; elle transfigure, mais ne transforme pas. Quand le soleil embrase soudain un paysage, il n'y change, au fond, absolument rien : chaque pierre, chaque arbre, chaque brin d'herbe reste très exactement en place, et pourtant nous savons bien que cela change tout, nous savons que c'est beau. De même, dans l'évangile, le Christ transfiguré n'a pas changé de forme, il a été baigné de lumière ; les traits de son humanité ne sont pas devenus autres, mais, illuminés, ils étaient infiniment beaux.

 forsythia abbaye maumont C'est ainsi que le Seigneur, en nous plongeant dans sa lumière, peut nous rendre profondément beaux, notre existence demeurerait-elle pauvre, blessée. Oui, la souffrance nous blesse, mais la vie et l'amour du Seigneur peut resplendir sur cette blessure : elle ne la gommera pas, mais, avec cette blessure, notre existence sera belle et rayonnante. Oui, le péché nous marque, encore et encore, mais en nous tenant humblement devant le Seigneur, comme le publicain de l'évangile, et notamment dans le sacrement de la réconciliation, en nous exposant ainsi humblement à la lumière de sa miséricorde, nous laissons cette lumière divine jaillir des béances de notre misère, pour être beaux devant lui.

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